08 juillet 2010

Ma Pomme d'Amour

Bon. C’est vrai que j’ai promis à l’une d’entre vous un prochain billet sur le sujet épineux (quoique !) de la taille de mon postérieur. Ben va falloir attendre ! D’abord parce que vois-tu, avec la semaine folle que j’ai passé, je crois que j’ai du sauter pas mal de repas et du coup ce matin, surprise, - 3 kg sur la balance. Je te rassure, cela ne se voit pas du tout, il y a encore du boulot à faire…

Non. Aujourd’hui, je veux te parler de ma Pomme d’amour. Parce qu’avec tout ce que j’ai dit sur elle, tu pourrais penser que je ne l’aime cette gosse. Et pourtant si tu savais comme je la chéris cette enfant, mon ainée, celle qui a fait de moi une maman. Et puisque qu’elle vient de fêter ses 15 ans, déjà un peu femme, mais pas encore tout à fait, c’est le moment pour moi de lui faire une déclaration d’amour maternelle.

Je ne vais pas te dire que d’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu être mère. Je me souviens seulement que ce premier bébé je l’ai désiré depuis mes 14 ans. Les dieux ont été de mon coté (pour une fois), et le fait est qu’il m’a suffit de claquer les doigts pour tomber enceinte le moment venu. Trois jours après sa conception, je savais déjà qu’elle était, tout au fond de moi. Et c’est à partir de ce moment que le lien fusionnel qui nous unis s’est tissé. Durant ma grossesse, j’ai baigné dans la plénitude. Malgré 27 kg en plus, des jambes qui avaient triplé de volume et un cagnard pas possible à la fin, je n’étais pas du tout pressée d’accoucher. Je l’avais pour moi toute seule et j’aurais voulu que cela dure toute la vie.

Je ne vais pas te dire non plus que le jour de sa naissance fut « le plus beau jour de ma vie », je ne suis pas hypocrite. Ce jour fera à tout jamais parti des pires moments de mon existence. 72 heures de souffrances qui aurait du finir en césarienne. Mais voilà, avec 16 bébés nés le même jour + les accidents et tout et tout, ben il n’y avait plus d’anesthésiste pour moi, ma péridurale et ma césarienne. De sa naissance je n’ai que de vagues souvenirs, j’avais « déconnecté ». Je me souviens juste des 8 médecins, sages femmes, infirmières et pédiatres qui s’affairaient autour de moi. Des instruments barbares utilisés. A ce moment là, je n’avais qu’une envie, qu’on m’enlève ce truc que j’avais entre les cuisses et qu’on me laisse enfin dormir. Je sais que nous avons toutes les deux frôler la catastrophe. Je me rappelle qu’elle était très sale et c’est tout, car après on la emmener direct en réa-néonatal.

Je préfère te dire que ce jour a été « le premier jour du reste de ma vie ».

Quelques jours plus tard, quand les choses allaient mieux pour nous deux, une amie de lycée est venue me voir à la maternité. Elle m’a bisouillé, puis s’est penchée sur le berceau. Et là elle m’a dit « ben dis donc, depuis le temps que tu l’attendais ce bébé ! ». Voilà. Tout était résumé.

Pendant quatre ans, jusqu’à la naissance de Cerise, nous avons vécu dans cet état fusionnel. Juste elle et moi. Car il faut bien l’avouer, son père ne nous accordait que peu de temps. Toujours mieux à faire. Le boulot, le bateau, les fiestas, les maitresses… Et à vrai dire, je crois que cela nous convenait plutôt bien. Je ne travaillais pas, j’étais une sorte de « désespérante houerie » et ma vie tournait autour d’elle. Et puis, il faut bien l’avouer aussi, son papa ne l’aimait pas. Et oui ça arrive. Pourquoi ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est qu’elle le lui a bien rendu. Au centuple même. Et aujourd’hui encore ! Elle s’est donc accrochée à moi, comme un post-it, comme si elle savait déjà qu’elle ne pourrait compter que sur moi dans sa vie.

Les odeurs de bébé tout chaud, les petites joues rondes que je couvrais de bisous…. Les années ont passé, et je me souviens de cette petite fille intrépide et malicieuse, marchant à 9 mois, casse-cou à 13 mois quand je l’ai découverte entrain d’escalader notre bibliothèque, mais aussi tellement timide, un peu sur ses gardes et qui déjà ne parlait pas beaucoup.

A deux ans elle est entrée à l’école. Là où nous vivions à l’époque, il y avait une école qui proposait une classe spéciale pour les petits de cet âge avec un effectif de 15 enfants maximum. Cela m’a semblé une bonne chose de la « lâcher » un peu. Le premier jour, j’ai cru qu’elle pleurerait vu qu’elle ne m’avait jamais quitté. Ben non. Elle est partie sans même me faire un bisou. Et du coup, c’est moi qui ait pleuré juste parce que elle, elle n’avait pas pleuré ! Tu vois le tableau…

Même si parfois j’ai la nostalgie de cette période, même si j’ai du mal en m’en persuader, mon premier bébé à aujourd’hui 15 ans. Et même si c’est un peu cliché de dire cela, je te jure que je n’ai pas vu le temps passer depuis cette soirée de 1995.

15 ans qu’elle m’étonne et m’épate. Souvent boudeuse avec un vrai caractère de cochon, mais tellement drôle aussi. Son petit visage fripé et sale a laissé place à un visage délicat. Car je peux te le dire, ma fille, c’est une vraie beauté. D’accord, je suis sa mère, donc je manque d’objectivité. Mais quand même. Elle a une arrière grand-mère paternelle tunisienne et elle a tout choppé de la méditerranée. A cela tu mélange un peu de sang scandinave, un peu de breton, et tu as une jeune fille typée et racée que ses copains d’école ont surnommé « miss Maghreb » ! Une miss qui a d’ailleurs vite compris comment jouer de ses atouts physiques. Je te donne un exemple. Pomme est très sportive, fine mais tout en muscles. En cours de sport, le prof a séparé les filles et les garçons, car le niveau n’est pas le même. Sauf pour Pomme qui s’est retrouvé avec les mecs, parce que le niveau des filles était trop faible pour elle, et que même chez les gars elle en bâtait plus d’un à plat de couture. Bref. Au mois d’octobre, Pomme me tend un petit mot de son prof qui souhaite me rencontrer pour un entretien informel, rien de grave, la direction du collège n’est pas au courant d’ailleurs. Là, je tombe sur le c**, première convocation en 12 ans d’école. (Je te rassure, avec Cerise j’ai arrêté de compter, mais je dois pas être loin de la soixantaine !). Je demande à Pomme ce qui se passe, « parait que mes shorts trop courts et mes nénés perturbent les mecs ». Voilà ce qu’elle me répond. Nous voici donc en rdv avec le (craquant et jeune) prof de sport qui m’explique qu’effectivement les garçons ont protesté et qu’ils ne veulent plus jouer contre Pomme habillé en short et débardeur, notamment dans les sports co, parce qu’elle a l’art de se baisser au moment ou l’adversaire va servir, que du coup les pauv’ petits gars, ils sont complètement déconcentrés et qu’ils ratent tous leurs services et toutes les balles. Je demande à Pomme si elle en fait exprès, « ben oui, évidemment, on fait avec les moyens du bord. Faut savoir déconcentrer l’adversaire ». Le prof mdr, me dit que tout ceci n’est pas bien grave mais que désormais faut rallonger les shorts de 20cm et mettre des hauts sans décolleté et avec des manches. Tu sais quoi, j’aurais du l’engueuler et lui faire la morale. Ben non, parce qu’en vérité, j’étais même plutôt fier et je me suis dis qu’elle avait déjà tout compris.

D’ailleurs, elle obtient tout ce qu’elle veut des garçons. Ils me le disent « qu’est-ce qu’elle est chiante ta fille, mais on finit toujours par lui céder ».

Si tu savais comme elle m’impressionne, et comme j’aurais aimé être à son âge, une ado comme elle.

Je l’admire face à sa maladie, face à ses deux semaines d’angoisses il y deux ans, durant lesquels nous pensions que « le crabe » l’avait rattrapé. Cette saloperie de thyroïde qui, si elle n’était pas cancéreuse, lui  complique la vie depuis. L’épuise parfois, joue avec son moral qui fait sans cesse yo-yo. La voir à table, fondre en pleurs sans savoir pourquoi, et être impuissante pour la soulager, ne pas savoir que faire, et souffrir tellement à mon tour.

Je l’admire pour le soutien qu’elle offre à sa copine de classe, qui n’a pas eu la même chance qu’elle. Cette petite qui se bat contre son deuxième cancer en deux ans et dont on sait déjà l’issue.

Je l’admire pour son travail sans égal à l’école. 17,5 de moyenne le dernier trimestre, je lui tire mon chapeau. Un sérieux qui cache un caractère plein de fantaisie et d’entrain. Et je peux te dire qu’elle n’est pas la dernière pour monter chanter sur la table et faire la fête avec ses amis.

Je l’admire pour sa fidélité envers ses amis et son ouverture d’esprit. Compte tenu du milieu dans lequel elle évolue, ce n’était pas gagné, crois-moi !

Elle m’amuse quand elle me dit qu’elle aurait préféré être fille unique, car vraiment, cette Cerise elle en peut plus !                                                       

Elle m’amuse quand je la vois arriver en courant comme une folle, complètement affolée, pleurant toutes les larmes de son cœur,  parce qu’elle n’a pas trouvé sa sœur à l’étude et que c’est sur elle à été kidnappée. Car vois-tu en bonne mère indigne qui se respecte, j’ai oublié que nous sommes jeudi, et que jeudi Cerise va chez l’orthophoniste et que donc c’est ma maman qui la récupère à 16h30.      

Elle m’amuse, lorsque le soir même, alors que je raconte l’anecdote à Cerise, elle soulève les sourcils et dit « faut vraiment que tu racontes n’importe quoi ! ».

Elle m’amuse quand elle me fait la morale « dis, tu pourrais pas être un peu plus maman et moins ado ? »

Je souffre pour elle, car je sais très bien que même si elle jure le contraire, son père, elle l’aime et qu’il lui manque. Elle ne va jamais chez lui, ne le voit qu’en coup de vent quand il vient chercher Cerise. Et même si des liens très fragiles se sont tissés entre eux, il y a au fond de son cœur des blessures qui en ce moment sont à vifs. J’espère vraiment que ses bleus à l’âme se cicatriseront avec le temps pour qu’elle puisse aller mieux et vivre en paix.                                                                                           

De mes deux filles, c’est incontestablement celle qui me ressemble le plus. Mais c’est aussi celle qui m’échappe le plus. Autant Cerise je peux te dire d’avance et avec précision toutes les conneries qu’elle va faire ou dire, autant Pomme reste un mystère pour moi. Ma chérie, douce, fougueuse, sensible, secrète et tellement indépendante maintenant. Celle qui ne rêve que du jour où elle pourra prendre son envol. Celle qui ne me laisse entrevoir qu’une infime partie de sa vie privée. Et pourtant, comme je la comprends. Les chiens ne font pas des chats !

Je suis fière des liens de confiance que nous avons créés. Car même si elle ne me parle pas beaucoup d’elle et de sa vie, elle sait que ma porte est toujours ouverte et qu’elle peut me parler de tout.

Je suis fière d’elle, je l’aime, et le lui dit souvent, car je ne sais que trop bien combien il est important de dire ces choses là à ces enfants.

Je suis fière de sa façon d’avancer dans la vie et je lui souhaite d’être heureuse au maximum dans sa vie, de bien prendre soin d’elle. Mais je ne m’inquiète pas pour elle, car aujourd’hui comme hier, j’ai foi en elle.            

Posté par The Three of us à 16:58 - Commentaires [9] - Permalien [#]


Commentaires sur Ma Pomme d'Amour

    Bel hommage. Très beau cet amour-là.
    Enfin, la façon dont tu en parles.

    (Question idiote : il a quoi ton kul ? Tu lui payes une petite gastro et c'est réglé. Bon d'accord, pas vraiment dans la tête... comme d'habitude avec les "filles" !)

    Posté par L'ignoble, 08 juillet 2010 à 17:52 | | Répondre
  • Merci. Et ceci n'est que millième de l'amour que je lui porte.
    Pour mon K**, si tu veux tout savoir, mes chéries lui ont donné un surnom: "le département".Sympa! Pas besoin de te faire un dessin. Bon elles exagèrent quand même! Mais pourtant, c'est pas tout à fait faux. Je travaille ce problème avec assiduité en ce moment. Mais j'en parlerai ce week-end dans un prochain billet.

    Posté par emma, 08 juillet 2010 à 18:47 | | Répondre
  • C'est drôle, ma grande ne supporte plus sa soeur non plus... Mais elle joue souvent avec elle. Elle voulait un grand frère, mais il fallait le dire avant de naitre ! De toute façon, il semble qu'on n'ait pas la recette pour les garçons.
    Ta fille semble merveilleuse, maintenant, je veux une présentation de Cerise... Mais ne te presse pas, je pars en vacances deux semaines à partir de samedi et plus d'internet (à moins qu'on trouve un coin avec wifi gratuit...)

    Posté par emilaudrey, 09 juillet 2010 à 07:14 | | Répondre
  • Mon ainée voulait aussi un grand frère et elle le veut toujours! Elle m'a dit "débrouille-toi comme tu peux, mais j'en veux un!". Alors là, si tu as une idée, je suis preneuse...
    Cerise... Ah! Ma Cerise! C'est un vrai roman à elle toute seule! J'avais prévu son portrait en août pour ses 11 ans. Mais finalement, je vais peut-être le faire avant.
    Mais par où commencer, il y a tant de choses à raconter sur cette délicieuse enfant...

    Posté par emma, 09 juillet 2010 à 08:52 | | Répondre
  • @ Emma : tant que ce n'est pas une mappemonde, la physionomie de la planète n'en sera pas trop perturbée, tu sais...
    Faut donc savoir relativiser !

    @ Emilaudrey : c'est juste une question de position coïtale.

    Mais avant de commencer quoique ce soit, tu lis les posts de la série qui commence là : http://infreequentable.over-blog.com/article-6535847.html

    C'est le résumé d'une thèse de droit fiscal que j'ai fait faire à une petite troupe de mes étudiants en 2004 ou 2005, je ne sais plus.

    Je ne te raconte pas la tronche du jury - dont j'étais naturellement pour en être le directeur de thèse - qui oscillait entre hilarité et question technique de très haut ou très bas niveau.
    Comme quoi, quand on est fiscaliste, on peut s'amuser comme des fous !

    Mais on peut aussi "s'en amuser" avec toute la catégorie "Fiscalité iconoclaste" (http://infreequentable.over-blog.com/categorie-1231919.html)
    Quoique ce ne soit pas forcément aussi.. "jouissif"!

    Bonne lecture.



    PS : Je peux m'en occuper, de vous faire des garçons, si ça vous amuse : ça me manque aussi !
    Mais j'assure plus le service aprés-vente : je préviens tout de suite...

    Posté par L'ignoble, 09 juillet 2010 à 09:11 | | Répondre
  • Merci l'ignoble pour la proposition. Je vais étudier la question attentivement...

    Posté par emma, 09 juillet 2010 à 09:40 | | Répondre
  • Merci l'ignoble pour la proposition. Je vais étudier la question attentivement...

    Posté par emma, 09 juillet 2010 à 09:57 | | Répondre
  • Non, non, je suis au regret de refuser cette proposition. La petite a 7 ans, j'arrête ! Deux c'est bien et j'adore les bébés, mais plus à plein temps, je ne me replonge pas dans les couches maintenant... De toute façon, ma grande ne va pas se faire refiler un petit frère au lieu d'un grand sans rien dire, car autant un grand frère ça peut être bien (il parait, moi j'ai une petite soeur...), autant un petit, ça ne va pas le faire !

    Posté par emilaudrey, 09 juillet 2010 à 14:15 | | Répondre
  • @ Emilaudrey : mais je n'oblige à rien, figure-toi !
    Même pour un viol, je demande toujours la permission avant...

    Maintenant, si tu aimes les bébés, je t'embauche dans une de mes crèches : on manque de personnel et le décret Morano nous autorise à prendre 60 % de non-diplômée...

    @ Emma : étudie, étudie... Attentive, attentive...
    C'est juste pour ton plaisir et celui de ta "nichée" à toi !
    Mais on peut aussi "cocher clair", comme disent les oiseleurs.

    La mienne de "nichée", elle a son compte et de toute façon se prépare déjà pour prendre son envol.
    La maison sera vide d'ici quatre-cinq ans, grand maximum (après la dernière année de prépa de la dernière qui vient de se faire son brevet).

    Posté par L'ignoble, 09 juillet 2010 à 16:14 | | Répondre
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